19/10/2023
MEMO
Objet : La fin de l'hégémonie Française au Mali et dans ses anciennes colonies.
I - BACKGROUND
L'influence Française dans ses anciennes colonies est mise à rude épreuve dans les pays du Sahel où le sentiment anti-politique Française est le mieux partagé. Le présent Mémo expliquera les principales causes de l'échec de la France au Mali et proposera des perspectives.
II- Les causes de l'échec .
1) La stratégie du chaos
Ayant fait l'amer constat que les dirigeants Maliens des régimes précédents ont passé des contrats d'exploitation minière avec d'autres pays occidentaux, les décideurs Français, pour redistribuer les cartes, ont choisi de créer le chaos dans les zones concernées. Cette stratégie, connue sous le nom de " chaos constructif", a consisté à soutenir et promouvoir la rébellion Touareg dont la bastion est Kidal, puis d'utiliser des mercenaires en les faisant passer pour des terroristes. Pour garantir la réussite de cette stratégie, la France s'est proposée au Mali comme la force anti-terroriste capable de sauver le Mali. Cette duplicite lui a permis d'être maîtresse du jeu au plan sécuritaire : faire croire avec les opérations Barkhane et Takuba qu'elle combat le terrorisme mais en même temps soutenir et contrôler le terrorisme pour qu'il ne disparaisse pas et en tirer un motif pour rester indéfiniment au Mali, et en même temps, tuer de temps en temps quelques chefs terroristes et le médiatiser pour prouver qu'elle lutte bien contre le terrorisme.
Ce equilibrisme n'a pas fonctionné et le terrorisme a atteint 80% du Mali malgré la présence de la MINUSMA, une initiative Française pour protéger les rebelles Touaregs, et les opérations Barkhane et Takuba , plus le G5 Sahel également sous contrôle Français.
Cette situation anachronique et confuse a duré neuf ans durant lesquels des milliers de vies ont été perdues , avec des centaines de milliers de déplacés. Face à l'hécatombe les autorités de la transition et les populations Maliennes ont fini par comprendre l'agenda des Français et ont à l'unisson décidé de chasser la France et diversifier leur partenariat notamment avec les Russes- Turcs- Chinois.
Ceci constitue la vraie cause du sentiment anti-politique Française des Maliens plutôt que le résultat d'une quelconque propagande Russe.
2) Les erreurs du Leadership Français
Dans leurs relations avec les autorités Maliennes de transition , les dirigeants Francais ont commis trop d'erreurs.
Sans doute influencés par les écrivains et philosophes des 18 em et 18 em siècles, ils ont cru que les Maliens étaient des faibles d'esprit qu'ils pouvaient bousculer et insulter avec arrogance et condescendance, sans réaction de leur part. Ils ont eu la désagréable surprise de constater que c'était loin d'être le cas et que les dirigeants Maliens répondaient et replisuaient en rendant coup pour coup. Entre les Français qui pensaient pouvoir tout se permettre et les officiers et civils qui dirigeaient la transition Malienne qui n'entendaient en aucune façon se plier à leur volonté, le fossé s'est aggrandi et la rupture fut consommée.
Si les dirigeants Francais avaient pris le temps de revisiter l'histoire de la conquête coloniale en Afrique, ils auraient su que les Maliens n'ont jamais accepté la domination Française et qu'ils l'ont combattue dans toutes les régions malgré le déséquilibre entre les moyens de guerre.
Insulter et menacer les dirigeants Maliens était la plus grave erreur car les populations se sentaient elles-mêmes offensées. Ceci a largement contribué à la montée du sentiment anti-politique Française.
3) L'éveil des consciences dans les pays du Sahel
Toute révolution a besoin de trois choses: une idéologie, un leader et une organisation. Les Maliens ont l'idéologie Panafricaniste- souverainiste, un leader , le Colonel Assimi GOITA, et une organisation composée du gouvernement et des organisations de masses.
Ce qui se passe donc au Mali est une révolution dont la force réside dans le fait ,( rare en Afrique), que les populations et les dirigeants sont en phase et unis face à un adversaire commun : la France, ancienne puissance colonisatrice.
Cette communion de vues a été rendue possible surtout grâce à l'Internet qui permet aux populations d'être informées en temps réel sur l'évolution et les enjeux de notre monde.
Contrairement au cliché répandu en occident, les Africains ne sont pas plus naïfs ou stupides que les autres peuples. Ils étaient simplement sous informés et largement mal informés par les médias occidentaux.
De nos jours, l'éveil des consciences est incontestable et les populations sont même parfois en avance sur leurs dirigeants en terme d'information.
A cela s'ajoute la fin du mythe du modèle occidental et de son système démocratique qui sont désormais mis en cause par les populations , lesquelles s'interrogent sur leur pertinence et leur capacité à apporter développement et bonheur.
4) Les putschs et leur impact :
Le putsch au Mali est perçu différemment par les dirigeants Francais et les Maliens : pour les Français, il est inadmissible car contraire aux principes de la démocratie.
Pour les Maliens , il constitue une chance de recouvrer sa vraie indépendance en mettant de côté la classe politique, perçue comme bras armé de la France.
Les Maliens ont été renforcés dans leur position quand ils ont constaté le double standard de la France face aux putschs en Afrique : elle ne combat que les putschistes qui ne lui font pas allégeance. C'est ainsi que le fils Deby au Tchad et avant lui Damiba au Burkina ont été adulés et appelés présidents de Transition, tandis que Goita et Traore sont denigres et qualifiés de putschistes.
Ce double standard a renforcé la conviction des Maliens que la démocratie et les droits de l'homme ne sont que des prétextes pour la France et autres pays occidentaux et que seuls leurs intérêts stratégiques leur servent de boussole.
III - Les perspectives
L'avenir des relations entre le Mali et la France a peu de chances de s'améliorer dans la mesure où les dirigeants Francais continuent de vouloir faire plier les Maliens et décider de ce qu'ils doivent faire ou non.
Le patriotisme et le nationalisme des dirigeants de la transition Malienne d'une part, l'éveil des consciences des Maliens de l'autre, font que le Mali ne fera qu'avancer dans le sens de sa souveraineté et son indépendance réelle et totale.
La solution est pourtant toute simple : que les dirigeants Francais comprennent et acceptent que le Mali n'est pas leur propriété léguée par leurs ancêtres, mais un pays étranger libre de ses choix comme toutes les nations libres du monde.
En un mot, le jour où ils comprendront que la colonisation est terminée et que le Mali , tout comme le reste du monde, a évolué, une normalisation des relations avec le Mali serait peut-être envisageable.
IV - Conclusions
La France est à un tournant historique dans ses rapports avec l'Afrique en général et le Mali en particulier.
Le monde change et croire que l'Afrique est restée ce continent qui subissait et acceptait tout en gardant le silence est une erreur.
Le monde est ouvert et multipolaire et la France rame à contre-courant de la nature dialectique du changement des peuples.
Il lui revient de s'adapter ou perdre définitivement le reste d'influence qu'elle a au sein de ses anciennes colonies.
Mais rien ne sera plus comme avant avec les Africains.
CABINET Eureka - Mali.