27/02/2026
Être orphelin n’est pas chose facile dans le monde d’aujourd’hui. Autrefois, lorsqu’un enfant perdait son père, il devenait aussitôt l’objet d’une attention particulière : les frères du défunt se disputaient presque l’honneur de veiller sur lui, afin de préserver ce trésor fragile laissé derrière. Mais hélas ! Pour certains la réalité est tout autre.
Le jour même de ton décès, papa, avant même que tu ne sois conduit à ta dernière demeure, l’un de tes frères s’approcha de moi. Mon cœur espérait des paroles de réconfort, une promesse de protection, l’assurance que, malgré ton absence, je ne serais pas seule. Mais ses mots furent d’une froideur inoubliable :
« Ton père est mort. Si tu veux, rapproche-toi de nous… sinon, c’est ton problème. »
Ce jour-là, j’ai compris que la vie venait de changer à jamais. Tu es parti, papa, et avec toi s’est envolée cette sécurité silencieuse que seule la présence d’un père peut offrir. Heureusement, ma mère est restée debout, forte malgré la douleur, portant sur ses épaules le poids immense de notre éducation, essayant de combler tant bien que mal le vide que ton départ avait creusé dans nos vies.
Les années ont passé, mais ton absence demeure vive, surtout lors des moments les plus importants. Le jour de mon mariage, ton siège était vide, et mon cœur aussi. J’aurais tant voulu sentir ta main dans la mienne. Aujourd’hui encore, lors des baptêmes de mes enfants, je ressens cette douleur douce-amère en pensant au grand-père extraordinaire que tu aurais été.
Malgré tout, la vie m’a accordé une consolation : un époux aimant, qui, par son soutien et sa présence, m’aide chaque jour à avancer et à panser les blessures laissées par ton absence.
Je pense souvent à toi, papa. À mon enfance heureuse à tes côtés, à nos promenades, à ces moments où tu me portais fièrement sur ta tête. Je me souviens de ta voix, de ta façon unique de prononcer mon prénom, de tes ba**ers sur mon front, et même de ton odeur — ce parfum précieux que je ne pourrai plus jamais retrouver.
Aujourd’hui encore, je te parle en silence. Je prie pour que ton âme repose en paix, et je te demande de continuer, de là-haut, à veiller sur moi.
Que Dieu bénisse et protège tous les orphelins.
Ta fille pour toujours.
Binete De Sékou Toure