17/03/2022
De la sémantique de l'adjectif "Responsable".
Le Larousse nous donne 6 définitions :
1 - Qui doit rendre compte devant une autorité de ses actes ou des actes de ceux dont il a la charge
2 - Qui est l'auteur ou le coupable de quelque chose, et doit en supporter les conséquences
3 - Qui est à l'origine d'un mal
4 - Qui a la charge d'une fonction
5 - Qui est réfléchi, sérieux, qui prend en considération les conséquences de ses actes
6 - Qui s’emploie à respecter les valeurs du développement durable
Mais au delà de la définition, c'est aussi l'usage, selon l'époque et le contexte, qui façonne le sens d'un mot.
Ainsi le phénomène d'usure est le plus sournois. A force d'employer un mot, à tort et à travers, il se vide de son intensité.
"Mais pour un exemple d'usure ancienne, combien on pourrait en citer dans les modes actuelles. Le plus connu est "terrible", où retentissait la terreur, et qui, comme "formidable", est devenu une expression superlative dénuée de sens et signifie aussi bien "très agréable" que "très désagréable", aussi bien "très intelligent" que "très émouvant" - tandis que "pas terrible" ne servait plus qu'à désigner, sans plus, la médiocrité. Pauvre mot, vidé de son sens !"(extrait de Quand les mots changent de sens, Jacqueline de Romilly de l'Académie Française, La R***e des Deux Mondes, juin 1991).
La Félixe fait partie du Collectif Numérique Responsable. Auparavant ce collectif se nommait GreenIT et traitait de l'aspect environnemental du numérique. Nous avons changé de nom pour y intégrer les idées d'éthique, d'accessibilité et d'inclusion. Sans le faire exprès, nous avons fusionné les définitions 5 et 6 du Larousse, mais en gardant la part majoritaire sur la question de l'environnement. C'est maintenant une définition adoptée par le gouvernement et la mission interministérielle sur le numérique responsable pour qui "Le numérique responsable est une démarche d’amélioration continue qui vise à améliorer l’empreinte écologique et sociale du numérique."
Dans le même temps, le terme composé "éco-responsable", devenu "écoresponsable", montait en puissance. Et là, point d'ambiguïté sur la définition : "Qui cherche à intégrer des mesures de protection de l'environnement dans ses activités, ses principes (Larousse)". Ce qui fait que maintenant, par effet de contraction, dans beaucoup de domaines, "responsable" est compris "écoresponsable".
Pour autant, prendre seulement la dimension n°5 "prendre en considération la conséquence de ses actes" et donc l'éthique, n'est pas faux.
C'est la lecture de l'article du websine Usbek&Rica, "La santé est le terrain de jeu idéal pour un numérique responsable" qui m'a inspiré cet article. Attirée par les termes « numérique responsable » et conditionnée par ce biais sémantique que j'ai désormais intégré, qu'elle ne fut pas ma surprise de voir qu'à aucun moment il n'y est question d'environnement; seulement de fracture numérique, de protection des données, de performances, de coûts.
D’ailleurs, l'autre plateau de la balance est occupé par la RSE, Responsabilité Sociétale des Entreprises, créée à l'origine pour la dimension sociale principalement. Une "entreprise responsable" était au départ une entreprise qui se souciait du bien-être de ses salariés. C'est encore le cas, même si maintenant la part écoresponsable, (avec de vrais morceaux de numérique responsable dedans), a considérablement grossi au sein de la RSE.
Alors comment va évoluer l'adjectif "responsable" ? Va-t-il conserver ses sens pluriels ? Va-t-il migrer vers l’écoresponsabilité ? Ou va-t-il devenir une coquille vide ?
Quelle est votre propre interprétation de l’adjectif responsable ?