01/06/2024
SACRILEGE ! …
Ou l’histoire étonnante d’un courrier de BENOIT-GUYOT datant de 1968, et sélectionné en 2024 par les Archives Nationales pour illustrer l’HISTOIRE DU SACRILÈGE au sein de son exposition actuelle, parmi plus d'une centaine d'œuvres et de documents d'archives inédits.
Fin avril 2024. Une consœur en visite professionnelle à Paris a du temps à perdre entre deux rdv. Le temps est pluvieux, quoi de mieux qu’un musée pour s’y réfugier et se cultiver en même temps ? Et la voilà aux Archives Nationales dans le marais à parcourir l’exposition SACRILEGE (jusqu’au 1er juillet).
Elle y découvre un courrier de la société BENOIT-GUYOT adressé au ministère de l’intérieur, et soigneusement placé sous vitrine pour illustrer les derniers soubresauts (en 1968) du délit d’offense au chef de l’Etat.
De retour à LYON, notre consœur de Violette& Berlingot poste une story Instagram mentionnant BENOIT-GUYOT et montrant le courrier en question pour souligner que notre combativité face aux adversités de tout ordre ne date d’hier.
Vendredi 24 mai 2024. C’est à mon tour d’être à Paris. Découverte de l’exposition dans une ambiance solennelle et qui n'est pas sans rappeler celle d'un lieu de culte. Plus d'une centaine d'œuvres et de documents d'archives inédits illustrent l'histoire du sacrilège. De Socrate (399 av. J.-C.) au chevalier de La Barre (1766), de l'attentat de Damiens contre Louis XV (1757) à l'affaire du Casse-toi, pov' con !, les commissaires de l'exposition ont eu à cœur de rendre au sacrilège et au blasphème leur dimension politique.
J’y rencontre Mme Alexandra HAUCHECORNE, commissaire technique de l’exposition qui a la gentillesse de me recevoir. Je découvre le courrier de mon père avec beaucoup d’émotion. Le voir ici, sélectionné parmi autant de documents, parfois très anciens, me confirme une nouvelle fois que nous ne sommes pas seulement des commerçants mais des militants. Attachés à la liberté d’entreprendre, de commercer, de penser, nous n’hésitons pas non plus à le faire savoir en haut lieu !
Mme HAUCHECORNE l’a bien compris et ressent la valeur de ce document à mes yeux. Elle s’absente 5 minutes et revient avec le catalogue de l’exposition pour me l’offrir. Je la remercie chaleureusement, la salue, et finit de parcourir l’exposition.
Le soir, à tête reposée, je feuillette l’ouvrage en commençant par la fin espérant y trouver le courrier de mon père classé chronologiquement. Zut, il n’y est pas ! Je me dis que finalement il n’avait pas autant de valeur que ça pour les commissaires de l’exposition… Tant p*s.
Et puis j’y reviens 10 mn après et entame le livre par le début…
Surprise page 16 et 17, en pleine double page, le courrier intégral à en-tête de BENOIT-GUYOT est repris dans l’introduction de l’ouvrage pour illustrer les derniers soubresauts du délit d’offense au chef de l’état !
« Lointaine réminiscence du crime de lèse-majesté, le délit d’offense au chef de l’État est introduit dans la loi sur la liberté de la presse de 1881. Peu utilisé par les intéressés, à l’exception notable du Général De Gaulle, le délit est supprimé en 2013, à la suite d’un arrêt de la cour européenne des droits de l’homme ».
Alors, si notre histoire s’arrête ce 15 juin 2024, si cette page restera silencieuse après cette date, cette anecdote arrive juste à temps pour vous la partager et vous dire que ce qui nous animait toutes ces années, c’était un peu plus que du commerce…
Pour finir, bien au-delà du courrier de BENOIT-GUYOT, juste anecdotique, les Archives nationales sont capables de sortir des documents inédits pour comprendre le rapport entre le pouvoir et le sacré. Passionnant et d’actualité, il leur fallait un «sacré culot» pour s’y attaquer.
Alors que certains prennent toujours la notion de blasphème au pied de la lettre - deux enseignants l’ont récemment payé de leur vie -, cette exposition remet en perspective les rapports entre le pouvoir et le sacré. « Ils soulèvent la question du sacré et du blasphème à l’heure d’un État laïc. Le récent retour en force du fait religieux n’est pas esquivé, même si, après discussions, le comité scientifique a choisi de ne pas reproduire les caricatures de Mahomet. »
Ce fut mon seul regret, cette concession qui a des relents de soumission… Comme preuve que nous n’en n’avons pas fini avec le sacrilège…
« SACRILÈGE L’état, les religions et le sacré », Une exposition que vous pouvez visiter actuellement à PARIS, 60 rue des Franc-Bourgeois 75003, jusqu’au 1er juillet.
Catalogue de l'exposition « Sacrilège ! l'Etat, les religions et le sacré »
par Amable Sablon du Corail, Jacques de Saint Victor, Nathalie Droin et Olivier Hanne - Éditions Gallimard. Prix : 35 € - 192 pages. ISBN : 978-2-07-303845-6