17/07/2025
merci Gilles Legeard du Le Télégramme pour cet article paru le 17 novembre 2024 .
Georges-Yves Guillot, pouvez-vous nous donner quelques chiffres sur le travail de nuit ?
D’un point de vue global, 19 % de la population active travaille de nuit, dont 17,5 % à temps partiel et 10 % en temps occasionnel. Ça engendre des risques pour la santé, les effets sont la désynchronisation de l’horloge biologique et sociale. Et il y a une dette de sommeil. Si on part du principe qu’on vit jusqu’à 80 ans et qu’on passe 25-26 ans à dormir, on en a 5-6 en moins.
Quels sont les effets reconnus ?
Selon l’Anses (Agence de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail), il y a des effets avérés, sur le sommeil, la somnolence et le syndrome métabolique, des probables, sur la survenue de cancers (reins, prostate), la santé psychique (irritabilité, anxiété, dépression), l’obésité et la prise de poids, le diabète de type 2 et les maladies coronariennes. Et il y a des effets possibles sur la dyslipidémie, l’hypertension artérielle et l’accident vasculaire cérébral ischémique.
La principale incidence est sur l’alimentation avec des risques d’obésité.
Quelles sont les principales incidences ?
Quand on est jeune, tout va bien. Mais plus on prend de l’âge, plus c’est compliqué ! Il faut être plus exigeant pour la gestion du sommeil. Le sommeil qui est perdu, ça devient une dette et c’est compliqué de la recouvrer. La principale incidence est sur l’alimentation avec des risques d’obésité. J’ai travaillé de nuit quand j’ai commencé dans l’agroalimentaire, de 21 h à 5 h, pendant plusieurs mois. Et depuis vingt-cinq ans, je suis en horaires atypiques en 2/8 de 5 h à 13 h et de 8 h à 16 h. J’étais à 160 kilos avant de faire un by-pass il y a huit ans, j’étais gros à la base et ça s’est démultiplié. Dans l’agroalimentaire, les gens le portent sur eux. Il y a une étude anglaise qui dit qu’on peut perdre sept ans de vie.
Comment cela peut-il se concrétiser sur le terrain ?
Ça reste compliqué d’avoir une alimentation légère le soir, car le lendemain matin quand on entre dans une salle de préparation à 4-5 degrés, il faut tenir jusqu’à la pause. Il arrive souvent aux nouveaux arrivants de faire un malaise à cause d’une hypoglycémie. Et même si le travail d’usine est physique, il peut avoir toutes les caractéristiques d’un sédentaire. On a les troubles musculaires squelettiques sur la partie haute du corps et on est très statique sur le bas.
Comment prévient-on les risques ?
Les services de santé au travail établissent la fiche d’entreprise avec les types de risques. En fonction de cette fiche fournie par la médecine du travail, l’employeur va établir le document unique d’évaluation des risques professionnels et charge à lui de faire une atténuation des risques. Dans notre entreprise, c’est un enjeu avec un plan de prévention.
Cela dépasse-t-il le cadre de l’entreprise ?
Dans le code du travail, il y a une obligation de préserver la santé et la sécurité des salariés, l’article 41-21-1. C’est aussi un travail intersyndical au niveau des accords de branches pour l’amélioration des conventions collectives et des conditions de travail et de la médecine du travail, où je suis administrateur dans le Morbihan. Depuis les accords Macron-El Khomri, on parle plus de suivi.
Quels sont les profils des travailleurs de nuit ?
On est sur des niveaux de faible instruction. Il y a toutes sortes de profils, ça peut être pour des nécessités financières, organisationnelles et parce que l’ambiance du travail de nuit est différente, des gens adorent. J’en garde moi-même un très bon souvenir, il y a beaucoup moins d’agressivité par rapport au jour. Et le travail de nuit est censé être mieux rémunéré, ça dépend comment c’est négocié dans les conventions collectives et des accords d’entreprise. Dans certaines sociétés de l’agroalimentaire, le travail de nuit est seulement considéré de minuit à 5 h, comme dans les accords de pénibilité, et dans d’autres, ça peut être de 21 h à 6 h.
On demande de travailler toujours plus vite
Que demandent des salariés à un délégué syndical ?
En général, on me demande toujours la même chose, la reconnaissance. Mais c’est très compliqué à définir. Il y a une telle appétence pour le bien-être, les gens ne veulent plus venir au travail pour souffrir. Ça m’arrive de faire des remplacements sur ligne, je me dis que j’ai de la chance d’être sur une fonction de support logistique. Je suis admiratif de collègues qui passent toute leur vie sur les lignes.
Comment percevez-vous l’évolution des conditions de travail ?
Ça dépend des usines, des services et même des lignes de production. Une chose est sûre, on demande de travailler toujours plus vite. Et quand les entreprises peuvent passer en 3/8, elles le font.
Quelles sont les pistes d’amélioration ?
La législation contraint tellement, que l’amélioration des conditions de travail, ça devient quasiment une obligation. Le jour où il y a un accident, c’est la responsabilité pénale de l’employeur qui est engagée. L’article 41-21-1, ce n’est pas de la littérature. Quand la gendarmerie ou l’inspection du travail débarquent, ils commencent par regarder les protocoles de formation, le respect des obligations, les autorisations de conduite en tous genres, la conformité du matériel. Mais, souvent, la mécanisation du poste tend plus à la suppression du poste qu’à l’amélioration des conditions de travail.